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IA à l’école : outil pédagogique ou révélateur de crise ?

    L’irruption de l’intelligence artificielle générative dans les établissements scolaires s’est faite sans transition. En Belgique, comme dans de nombreux pays européens, des outils tels que ChatGPT sont désormais utilisés par des élèves de tous âges, souvent sans cadre clair. Le monde enseignant a dû réagir dans l’urgence, oscillant entre inquiétude, interdictions ponctuelles et tentatives d’adaptation. Cette arrivée soudaine a mis en lumière un décalage croissant entre l’évolution technologique et le fonctionnement de l’institution scolaire.

    La principale inquiétude exprimée par les enseignants concerne l’évaluation. Comment garantir l’authenticité d’un travail lorsque quelques lignes de consignes suffisent à produire un texte structuré et cohérent ? L’IA fragilise les formes traditionnelles de devoirs à domicile, de résumés ou de dissertations standardisées. Mais elle ne crée pas ce problème : elle révèle les limites d’un système d’évaluation largement fondé sur la restitution de connaissances et la conformité formelle. Ce constat, déjà présent avant l’IA, devient aujourd’hui impossible à ignorer.

    L’IA agit comme un révélateur d’un malaise plus profond. Depuis des années, les enseignants doivent composer avec des programmes chargés, une hétérogénéité croissante des classes, une pression accrue sur les résultats et une charge administrative importante. Dans ce contexte, développer des compétences complexes – esprit critique, argumentation, métacognition – reste un objectif affiché mais difficile à atteindre. L’automatisation de certaines tâches intellectuelles oblige désormais à se demander ce qui relève encore véritablement de l’apprentissage humain.

    Pourtant, l’IA ne se résume pas à un outil de contournement. Utilisée de manière encadrée, elle peut soutenir la différenciation pédagogique, aider à reformuler des consignes, accompagner l’apprentissage de l’écriture ou servir de support à l’analyse critique. Travailler avec l’IA plutôt que contre elle permettrait aussi d’aborder concrètement des enjeux essentiels : fiabilité des sources, biais algorithmiques, responsabilité de l’auteur, esprit critique face aux productions numériques. Encore faut-il que les enseignants bénéficient de formations, de temps et d’un cadre institutionnel clair.

    La question de l’IA à l’école dépasse largement le choix d’un outil. Elle interroge la vision de l’éducation que la société souhaite défendre. S’agit-il de renforcer le contrôle et la surveillance, ou de faire évoluer les pratiques vers davantage de confiance, de contextualisation et de réflexion ? En Belgique, le débat reste encore fragmenté, souvent limité à des recommandations prudentes, alors qu’il nécessiterait une réflexion collective associant enseignants, directions, formateurs et décideurs politiques.

    L’intelligence artificielle ne remplacera pas les enseignants. En revanche, elle les oblige à redéfinir ce qui constitue le cœur de leur métier : accompagner, questionner, donner du sens, évaluer des processus plutôt que de simples produits. Refuser cette réflexion serait illusoire ; l’imposer sans moyens ni reconnaissance serait tout aussi problématique. L’enjeu n’est pas de suivre la technologie, mais de réaffirmer une vision exigeante et humaine de l’école.

    Évaluations, supports pédagogiques, résumés de cours, personnalisation des consignes ou des exercices, travail sur l’esprit critique… Les prochaines étapes pourraient être :
    Expérimenter : Tester un outil à petite échelle (ex : un exercice avec ChatGPT).
    Collaborer : Travailler avec d’autres enseignants pour partager des retours d’expérience.
    Se former : Participer à des webinaires ou des ateliers sur l’IA en éducation.
    Ou simplement commencer ici : Orientations pour l’intelligence artificielle générative dans l’éducation et la recherche (UNESCO)

    Sources et ressources